Il y a des films policiers qui se plaisent à manipuler le
spectateur, multipliant le rebondissements et les fausses pistes. La Isla mimina préfère nous rappeler ce qui fait le cœur du
genre : l'ambiance. Partant d'une histoire somme toute classique
de disparition se révélant être un double assassinat, le
réalisateur nous plonge dans une Espagne se relevant tout juste du
franquisme, au sein d'un petit village d'Andalousie cernés par les
marais. Dès les premières minutes on se sent saisi par la moiteur
pesante régnant sur les lieux. Il y a les regards, insistants,
parfois, souvent fuyants, les secrets, ceux du passés enterrés par
la mort de Franco, ceux liés au petits trafiques auxquels certains
membres de la communauté s'adonnent, et les autres, il y a la
suspicion, également, et surtout l'impression de ne pas toujours
être le bienvenu et qu'on ne pressera pas pour venir en aide, pas
évident, il faut dire, d'enquêter sur la disparition de deux jeunes
filles à la réputation facile dans une société où les femmes
n'ont pas encore leur place. Autant de sentiments que le spectateur
est amené à partager avec les héros, deux policiers débarqués de
la ville pour tirer cette affaire au clair. Le plus jeune est un
démocrate, affecté là en guise de représailles après sa critique
publique d'un ponte de l'armée, le plus vieux, un petit côté
roublard, a fait sa carrière sous la dictature. Ils ont en commun
cette soif de vérité qui les poussent à avancer en milieu hostile.
On les suit, comme un troisième membre de l'équipe, se laissant
happer par une histoire débitée d'un bout à l'autre sans superflu
ni baisse de régime, de la maîtrise, seulement. On se laisse à
penser aux grandes réalisations étasuniennes du genre, mais c'est
bien d'Espagne que nous viens cette bonne surprise. Un des films de
l'été à n'en pas douter !

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