jeudi 6 août 2015

La rage au ventre





Un homme au sommet de sa gloire, sa chute brutale puis sa lente rédemption pour tenter de retrouver les chemins du succès. L'histoire est un classique d'Hollywood tant elle résume à elle seule le rêve américain. Le traitement ici ne prétend révolutionner la chose, reprenant les archétypes du genre (les fidèles qui se dispersent lorsque tout va mal, le manager guidé par l'argent, l’entraîneur en marge des circuits remettant le héros sur pieds...) pour nous conduire sur un chemin balisé. Comme souvent pour ce genre de film c'est en la performance des acteurs que réside ou non le succès du projet. En l’occurrence, Jake Gyllenhall qui, dans le rôle titre, nous offre une interprétation de premier choix et démontre une nouvelle fois son talent d'acteur. Plus discrets, les seconds rôles n'en reste pas moins de qualités à l'image de Rachel McAdams et Forest Whitaker (certes pas sa plus grande performance, mais sa carrière offre une comparaison exigeante). Au final le film est l'image de ce que fut un temps la boxe : on connaît le résultat par avance mais le spectacle n'en reste pas moins appréciable.

vendredi 31 juillet 2015

Renaissances




L'idée autour de laquelle le film est bâti est plutôt originale mais trouve ses limites lorsqu'il s'agit d'offrir un angle de traitement novateur. En effet, passé le scénario, Renaissances se révèle être un film d'action relativement classique utilisant la trame et les codes du genre (le héros manipulé luttant contre une organisation/entreprise mystérieuse prête à tout pour préserver son secret, la fille à protéger, l'antagoniste récurant…) sans parvenir à y ajouter son petit plus. Le résultat s'avère distrayant mais sans véritable surprise, remplissant son contrat de film estival qui se laissera facilement oublié passé le générique.

jeudi 30 juillet 2015

While we're young




Cela commence avec la légèreté d'une comédie dans laquelle on se laisse rapidement happer, puis le ton change peu à peu, gagnant en sérieux. Plus que sur le couple incarné par Naomi Watts et Ben Stiller, le film se focalise en fait sur la relation (presque fascination) entre ce dernier et Adam Driver, dont le personnage énigmatique se révèle le plus ambigu et travaillé. Si ce développement offre des perspectives plutôt intéressantes, on finit cependant par regretter l'élan insufflé en première moitié, car la distinction trop marquée entre la partie comédie et la partie drame entraîne inévitablement une nette baisse le rythme et laisse au final l'impression d'une œuvre indécise.

mardi 28 juillet 2015

Terminator Genisys



Le voyage dans le temps est tout de même une invention formidable. Parce qu'il nous offre la chance de pouvoir rencontrer les grands hommes du passé ? Parce qu'il nous permet d'enrichir nos connaissances historiques ? Parce qu'il nous donne l'occasion de corriger nos erreurs ? Oui, sans doute... mais surtout parce qu'il est un moyen des plus efficace pour recycler les vieilles licences. Alors que les deux derniers épisodes ont été loin d'atteindre les sommets de leurs illustres prédécesseurs, les producteurs ne se sont pas déclarés vaincus pour autant et nous offrent un nouvel opus de la saga Terminator. Une suite en forme de reboot, car si on débute en terrain connu avec la victoire sur les machines et l'envoi de Kyle Reese dans le passé, les choses prennent très vite une autre tournure à l'arrivée de celui-ci en 1984, et pour cause : le passé à changé. À vouloir redonner un nouveau souffle à la saga, le réalisateur oublie ce qui en a fait les fondements. En effet, dans le premier épisode les héros se trouvent face à un ennemi implacable et invincible dont même l'expérience militaire de Reese ne peut venir à bout, et si, dans le second volet, Sarah Connor n'est plus une frêle jeune fille et se retrouve de surcroît épaulée par un Terminator, la fine équipe n'a que peu d'espoir de pouvoir contrer le terrifiant T-1000. Dans les deux cas nos héros traqués sont sous la menace permanente d'un ennemi tenace face auquel la fuite est toujours la meilleure option. Un sentiment de vulnérabilité quasiment absent de ce nouvel opus tant les personnages nous donnent l'impression d'être des guerriers de choc prêts à affronter toutes les situations. D'ailleurs, se sont eux à qui l'initiative revient la majeure partie du temps, leur antagoniste n'étant là que pour contrecarrer leurs plans plus que pour leur mener la chasse. Privé de cet aspect clé de la saga, ce nouvel épisode s'en trouve réduit à un énième film d'action plus proche d'un film de super-héros dans lequel les protagonistes vont sans peine à la castagne. Du coup, on s’ennuie, d'autant plus que le scénario n'apporte rien de très fort ni original pour sauver l'ensemble. Heureusement pour nous, nul besoin d'une machine à remonter le temps pour retrouver un Terminator de qualité : un bon lecteur DVD suffit.

A trois on y va








Un couple de trentenaires dans la banlieue lilloise, ils ont acheté une maison, ils s'aiment, ce qui ne les empêche pas d'être infidèles. Lui la trompe avec sa meilleure amie, Mélodie. Elle aussi le trompe, elle aussi avec sa meilleure amie, elle aussi avec Mélodie. Mélodie est avocate, elle aime le couple tout comme elle aime chacun de ses amants. Alors elle se démène pour faire cohabiter dans sa vie chacun de ces éléments en apparence incompatibles. Jérôme Bonnel renouvelle ici le triangle amoureux, pour un résultat plein de fraîcheur, qui toutefois, comme la grande majorité des films du genre, n'échappe pas à une fin en demi-teinte. Le tout est magnifiquement porté par la pétillante Anaïs Demoustier, parfaite dans ce rôle de jeune femme à cent à l'heure refusant de sacrifier l'amitié à l'amour, et l'amour à l'amitié.

Caprice




N'étant pas familier avec la filmographie d'Emmanuel Mouret, c'est par la bande annonce que je me suis laissé guidé vers ce film. Sur le papier l'histoire de cet homme lunatique et un peu gauche, se découvrant Don Juan malgré lui, amené à se débattre entre son amour pour la femme qu'il envie depuis toujours et les assauts pressants et répétés d'une jeune admiratrice s’avérait prometteuse. À l'écran, en revanche, on déchante bien vite. Car si les ingrédients sont réunis, l'émulsion ne prend pas. Le monde mis en scène par le réalisateur peine à convaincre. Pas une seconde il ne nous laisse l'impression que les personnages évoluent dans un univers qui pourrait exister au-delà des salles obscures. Ainsi, quelle que soit la situation, on se retrouve avec cette désagréable sensation de ne voir autre chose que des acteurs piégés dans un décor de cinéma. Pour ne rien arranger le film donne l'impression d'osciller entre les genres. Commençant comme une comédie légère, il cherche, parfois, une profondeur qui ne fait qu'en casser le rythme, là où, passée la seconde moitié, il hésite presque avec le thriller psychologique. De fait, ce qui s'annonçait comme un moment de légèreté nous étouffe dans une lourdeur plombante.

lundi 27 juillet 2015

La ligne rouge



Autant le dire tout de suite, La ligne rouge risque d'en rebuter certains. Il ne s'agit en effet pas d'un film de guerre au sens où on l'entend habituellement, mais plutôt un film sur la guerre et les hommes qui la font. Car si on retrouve ici les scènes de batailles propre aux films guerriers (dont la qualité n'a d'ailleurs rien à envier aux monuments du genre), Malick cherche plus à nous en montrer l'horreur et l'absurdité qu'à nous doper d'adrénaline en nous plongeant au cœur de l'action. Ici les soldats ne sont pas des machines à tuer surhumaines prêtes à braver le danger. Ils ont peur, peur de mourir, que ce soit avant l'assaut ou sur le champ de bataille. Cette peur ce change pour certains en folie, pour d'autre en courage, ne laissant au final d'un massacre confus. Ces scènes de combats sont entrecoupées de réflexions intérieures des différents protagonistes, arrêtant alors le temps pour ne laisser qu'une voix off flottant sur les images maîtrisées et contemplatives. Le résultat est parfois irréel laissant l'impression de visionner le film sous acides. De fait de son rythme (très posé), sa longueur (près de 3h), sa photo (superbe), sa narration, l’œuvre de Terrence Malick est difficilement comparable à ce qu'on a l'habitude de rechercher dans les salles obscures. Plaisante à voir, on ne pressera sans doute pas pour la revisionner à l’excès, pourtant, elle exerce encore, quelques heures après le générique, une certaine fascination.

dimanche 26 juillet 2015

La femme au tableau




Forcée de fuir l'Autriche par l'arrivée nazis à la fin des années trente, une vieille dame lutte, cinquante ans plus tard, contre le gouvernement de son ancien pays pour que lui soit restituer une série de tableaux dont sa famille a été spoliée. Cette histoire était taillée pour Hollywood qui a toujours eu le don d'adapter les luttes judiciaires entre le « pot de terre » et le « pot de fer » (Erin Brockovich en est sans doute un des plus bels exemples). Si on ne joue ici pas dans la même catégorie, Simon Curtis fait le travail de manière tout à fait convenable, nous livrant un film académique avec un duo d'acteurs irréprochable. Le résultat est à la hauteur des attentes : balisé et sans grande surprise mais tout à fait divertissant.

Microbe et gasoil




Lorsque ce n'est pas lui qui bricole les images, c'est à ses acteurs qu'il fait mettre les mains dans le cambouis, pourtant il ne faut pas s'y tromper : du vélo boite à musique à la fameuse voiture maison, chaque bizarrerie mécanique porte la patte de Gondry. Leurs consœurs imaginaires aussi, d'ailleurs, car avant de s'échapper physiquement sur leur drôle d'engin motorisé, les deux héros, s'extirpent de leur réalité en la bricolant un peu, le premier par le dessin, l'autre par les mots et le personnage qu'il se construit de lui même. Tout comme Daniel qui voit débarquer Théo dans sa classe, on se laisse un premier temps fasciner par ce dernier et son côté anticonformiste faisant peu de cas de l'opinion des autres sur sa personne. Contre toute attente, c'est finalement cette première partie du film qui s'avère la plus intéressante, car une fois que le duo prend la route, et malgré une ou deux péripéties pouvant prêter à sourire, on peine à se passionner pour les adolescents et se contente d'attendre la fin du voyage avec ennui.

Mad Max : fury road




Mad Max. À l'évocation de ce nom c'est sans nul doute à l'univers désertique et post-apocalyptique ayant vu le jour avec le second opus de la série que les gens songent en premier. Cela tombe bien car c'est sur ce même terrain de jeu que George Miller revient à l'écran pour mettre en scène son héros. Au programme : de la poussière, du sang, du plomb et du sans-plomb, pour une course-poursuite effrénée à travers le désert. Sur ce point le contrat est rempli et on ne tarde pas à filer à travers le sable au milieu d'une horde de dégénérés prêts à tout. La folie, justement, Mel Gibson l'avait qui brillait au coin de l’œil, Tom Hardy lui, possède un comportement plus en retenu, celui de la brute en retrait qu'il vaut mieux se garder de titiller de trop près. Un changement de style qui ne s'avère toutefois pas si handicapant que cela car, plus que Max, c'est Furiosa, interprétée par Charlize Theron qui tient la tête d'affiche. Bien loin de son image d'égérie pour un grand parfum, l'actrice Sud-Africaine s'en sort ici haut la prothèse. Si le film ne déçoit pas côté action, on peut regretter en revanche, qu'il se contente de nous balader à travers les dunes en ligne un peu trop droite, ne nous autorisant pas à explorer plus en profondeur l'univers mis en place par Miller, dont la première partie du film nous laisse pourtant deviner la richesse.




Ant-Man




En matière d'adaptation, la mécanique de Marvel est désormais bien rodée : mettre à l'affiche un nouveau super-héros de son catalogue pour ensuite l'intégrer à la joyeuse équipe des Avengers. Place donc au nouvel élu, j'ai nommé Ant-Man. À première vue, cela ressemble à une blague, un super héros ayant vu le jour entre la poire et le fromage lors d'un repas de créatifs des studios de cinéma. Pourtant, voilà déjà cinquante ans que l'homme fourmi se balade sur les pages des comics. Force est toutefois de constater que le héros est loin de jouir de la même notoriété auprès du grand public que la plupart de ses collègues déjà portés à l'écran. Paradoxalement, c'est sans doute ce côté outsider, qui permet au petit nouveau de s'imposer. En effet, contrairement aux grosses pointures, Ant-Man n'a pas la charge ici de sauver la planète d'une horde de super-méchants vraiment méchants (à vrai dire, être un super-héro, à la base, cela ne le branche pas vraiment) et se contente d'objectifs plus modestes. Ainsi, même si l'histoire reste classique et sans grande surprise, on échappe cependant au déluge d'effets pyrotechniques et autres images de synthèse projetées jusqu'à la nausée, ainsi qu'aux couplets moralisateurs et/ou patriotiques auxquels les films de ce genre nous ont habitué. L'humour en revanche, est un peu plus présent et un peu moins convenu qu'à l'ordinaire se matérialisant notamment au travers de l'équipe de bras cassés accompagnant le personnage. En conclusion, un film de super-héros à l'échelle plus réduite qui n'en reste pas moins un grand divertissement.

Victoria





Berlin la nuit, une rencontre entre une jeune femme Espagnole et quelques jeunes hommes du cru. Deux heures non-stop en compagnie de ces fêtards. Deux heures, sur toute une vie, sur toute une nuit même, c'est bien court, largement suffisant, pourtant, pour que tout dérape. Il n'y a pas à dire, le synopsis de Victoria à de quoi se montrer alléchant, ajoutons à cela un film tourné en un unique plan séquence ce qui, outre la prouesse technique, à de quoi nous motiver en nous faisant miroiter une aventure à cent à l'heure. À vrai dire ce n'est pas tout à fait le cas, car avant de nous plonger dans l'action Sebastian Schipper cherche avant tout à développer ses personnages. On déambule donc en compagnie de cette bande joyeusement alcoolisée ne sachant pas, tout comme la jeune héroïne, où cela va nous mener. Une approche pas inintéressante qui nous permet notamment de comprendre ce qui pousse cette Victoria à s'accrocher jusqu'au bout à ces inconnus éméchés là où la prudence dicterait de tourner les talons. Le tout est servi par une brochette d'acteurs convaincants et, il faut le dire, plutôt attachants, mention toute particulière au premier rôle féminin Laia Costa. La question se pose cependant de savoir si le plan séquence était la meilleure solution pour ce type d'approche. En effet, la première partie du film adopte un rythme très posé et on se demande si des transitions plus rapides, sans rien enlever au propos, auraient pu servir à dynamiser un peu plus le film dont le changement de rythme tardif se trouve par ailleurs légèrement plombé par quelques passages lors de la demi-heure finale dont la réalité peut-être sujette à caution.

Je suis mort mais j'ai des amis




Le film s'ouvre sur ce qui le décrit le mieux : un vieux punk des années 80/90. C'est rapide, énergique, drôle, ça sent la bière et même les frites (après tout c'est un film franco-belge), et fonce droit au but. Nous voilà donc embarqué en compagnie de nos vieux rockeurs, à la fois bourrus (Bouli Lanners) et gros nounours (Wim Willaert), bien décidés à rendre hommage au leader décédé de leur groupe en lui faisant accomplir (ou plutôt à ses cendres) leur tournée aux États-Unis. Ceci sans oublier l'amant caché du chanteur, un pilote d'avion de chasse surnommé Dany (comme Buck Danny, évidemment) : une situation des plus banales finalement. Bien entendu rien ne se passe comme prévu, et les péripéties s’enchaînent à mesure que les personnages secondaires vont et viennent. Le soucis c'est que le punk rageur et rentre dedans n'est jamais aussi bon que lorsqu'il est assené à la mitrailleuse : une douzaine de titres bien serrés sur une galette d'une demi-heure. Au-delà le rythme finit bien souvent par mollir en milieu de parcours. Après un début sur les chapeaux de roues, ce film, comme d'ailleurs un certain nombre de road-movie, n'échappe pas à ce dur constat. Heureusement, il reste encore un peu de jus dans les guitares pour nous faire danser sur le final.

samedi 25 juillet 2015

La Isla minima



Il y a des films policiers qui se plaisent à manipuler le spectateur, multipliant le rebondissements et les fausses pistes. La Isla mimina préfère nous rappeler ce qui fait le cœur du genre : l'ambiance. Partant d'une histoire somme toute classique de disparition se révélant être un double assassinat, le réalisateur nous plonge dans une Espagne se relevant tout juste du franquisme, au sein d'un petit village d'Andalousie cernés par les marais. Dès les premières minutes on se sent saisi par la moiteur pesante régnant sur les lieux. Il y a les regards, insistants, parfois, souvent fuyants, les secrets, ceux du passés enterrés par la mort de Franco, ceux liés au petits trafiques auxquels certains membres de la communauté s'adonnent, et les autres, il y a la suspicion, également, et surtout l'impression de ne pas toujours être le bienvenu et qu'on ne pressera pas pour venir en aide, pas évident, il faut dire, d'enquêter sur la disparition de deux jeunes filles à la réputation facile dans une société où les femmes n'ont pas encore leur place. Autant de sentiments que le spectateur est amené à partager avec les héros, deux policiers débarqués de la ville pour tirer cette affaire au clair. Le plus jeune est un démocrate, affecté là en guise de représailles après sa critique publique d'un ponte de l'armée, le plus vieux, un petit côté roublard, a fait sa carrière sous la dictature. Ils ont en commun cette soif de vérité qui les poussent à avancer en milieu hostile. On les suit, comme un troisième membre de l'équipe, se laissant happer par une histoire débitée d'un bout à l'autre sans superflu ni baisse de régime, de la maîtrise, seulement. On se laisse à penser aux grandes réalisations étasuniennes du genre, mais c'est bien d'Espagne que nous viens cette bonne surprise. Un des films de l'été à n'en pas douter !

Valley of love



À défaut d'être porté par son scénario – un couple divorcé se retrouve dans la Vallée de la Mort sur les consignes de leur fils qui s'est donné la mort six mois auparavant – c'est par ses acteurs que Valley of love nous fait de l’œil. Ils sont au nombre de trois : Huppert, Depardieu et le désert, celui-ci affichant parfois sa présence avec quelques (trop) rares panoramas, se faisant la plupart du temps discret, mais ne manquant pas de rappeler son étouffante présence. Hébergés par le troisième les deux mastodontes (au propre pour l'un d'eux (je vous laisse deviner lequel), au figuré pour tous) du cinéma s'affrontent et se disputent, sans que, par moment, on parvienne véritablement à déterminer si le dialogue oppose les acteurs ou leurs rôles, à savoir Isabelle et Gérard qui, chose étonnante, sont tous deux acteurs. On suit ces joutes verbales avec plaisir en attendant, tout comme eux, qu'il se passe quelque chose, ce qui n'arrive pas souvent dans ce film, pourtant on n'a pas vraiment l'impression de s'ennuyer, ce qui est plutôt bon signe.

Les minions



Simples figurants dans le premier Moi moche et méchant les minions, ces petites créatures jaunes gaffeuses et maladroites, ont vite pris de l'importance, sauvant même par leurs facéties un second opus plus fade que son aîné. Un fait d'arme qui les a tout naturellement propulsés en tête d'affiche. Une bonne nouvelle au premier abord pour tous ceux que la vue d'une banane rend désormais hystérique. L'enthousiasme risque toutefois d'être de courte durée, car, que ce soit dans leurs deux précédents films ou les quelques courts-métrages bonus les mettant à l'honneur, notre joyeux trio exerce avant tout un comique à sketch. Un aspect dont ils peinent à s'affranchir ici. Ce qui ne s'avère pas trop problématique durant la première moitié du film dont la trame scénaristique parvient à maintenir la cohérence, devient catastrophique au cours la seconde qui se résume alors à un enchaînement de situations dont l'unique but et de laisser nos compères se donner en spectacle. Un aspect renforcé par le manque de personnages de poids pour donner la réplique à nos petits bonshommes. Même la super vilaine Scarlet Overkill n'exerce finalement qu'un rôle de second plan plutôt décevant. Comme quoi, finalement, Gru et ses minions sont bien plus complémentaires qu'on ne pouvait le penser...

Tale of tales



Une bande annonce féerique, voilà le premier contact que l'on a pu avoir avec ce Conte des Contes. Deux minutes trente nappées de musique classique qui auront suffit à nous ensorceler, rappelant à nous ces souvenirs lointains de châteaux et forteresses, de rois et de reines, de princes et de princesses, d'ogres et de monstres, de magie et de mystère, semés dans notre esprit au fil d'histoires contées au crépuscule par une voix chaude et rassurante, ou encore ceux, fruits des premiers, germant ensuite dans notre esprit pour se décliner en une infinité d'aventures... Car ce qui frappe dans ce film, c'est bien entendu son esthétique, parfaitement maîtrisée, des paysages au personnages, nous offrant une succession de tableaux baroques plus magnifiques les uns que les autres, à l'image de ce roi, interprété par Vincent Cassel, se réveillant à la brume d'une fontaine au milieu de ses conquêtes lascivement assoupies. Si la forme s'avère envoûtante, le fond, en revanche, peine à convaincre. Car aucune des trois histoires constituant ce film ne se révèle particulièrement passionnante, nous accrochant au premier abord mais échouant ensuite à nous tenir en haleine, pour parfois nous laisser sur notre faim. Le récit entremêlé ne permet d'éviter qu'à moitié l'aspect « film à histoires », celles-ci partageant la même trame temporelle et le même monde sans que pour autant elles ne soient liées ou ne s'impactent véritablement. Une plus forte intégration aurait sans doute permis de créer un intérêt plus vif pour cet univers et éviter que la beauté des images ne se trouve entachée par l'ennui.

L'écume des jours



S'attaquer au roman de Boris Vian était un pari risqué tant les inventivités, à la fois linguistiques, mécaniques et visuelles de l'auteur semblent peu disposées à se laisser figer sur pellicule. Seulement ce n'est pas à n'importe qui que l'imposante tache a été confiée mais à un autre bricoleur, d'images celui-ci. Et Gondry n'a pas chômé pour tenter de nous transcrire cet univers magique dans son style bien personnel d'assemblages en carton-pâte, version évoluée de nos livres d'enfants qui ne demandaient qu'à s'animer lorsqu'on venait titiller une de leurs nombreuses languettes.

Pari réussi donc ? Et bien non. Car si le réalisateur s'est attelé avec sérieux à la tâche, le résultat projeté à l'écran n'en reste pas moins sa vision de l’œuvre. C'est bien là toute la limite de l'exercice : les textes de Vian, plus que tout autres, sont un moteur pour l'imaginaire du lecteur, le guidant, certes, dans la construction de l'univers qu'ils décrivent, mais lui laissant une marge suffisante pour y projeter ses interprétations et fantaisies. Une liberté interdite au cinéma où, dans le cas présent, les images ne font que dérober et anéantir l'imaginaire du spectateur. Dès lors, les mécanismes mis en place par Gondry peinent à transcender leur formes primaire et ne restent sur l'écran que comme des bidouillages de colle et de papier.

Mais c'est sur le fond, plus que la forme, que le réalisateur échoue totalement. Les personnages du roman de Vian, à l'aube de leur vingtaine, prennent ici corps sous les traits d'acteurs ayant pour la plupart largement dépassés la trentaine, difficile, dans ces conditions, de ressentir la fraîcheur insufflée par le roman. Le pire étant le couple Duris/Tatou qui restera comme un des plus froid du cinéma et pour lequel on n'éprouvera à aucun moment du film une quelconque empathie, ou comment saborder une histoire d'amour tragique. Difficile de croire qu'il y a presque 10 ans, le même Gondry nous offrait, dans un registre similaire, le merveilleux et poétique The Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

Pixels




Une menace inconnue en provenance des tréfonds de l'univers, une armée et un gouvernement impuissant et une équipe de bras cassés mis à la marge en guise de sauveurs de l'humanité. Reprenant la base de bon nombre de blockbusters pleuvant chaque été dans nos salles, Pixels en joue ici la parodie. Oubliez les hordes d'aliens sanguinaires et les militaires désavoués mis à la retraite anticipée par leur hiérarchie, place ici aux héros vidéo-ludiques des bornes d'arcade des années 80 auxquels devront faire face ces mêmes (vieux) gamins dont les doigts aguerris faisaient péter les high-scores trente ans plus tôt. Entre courses-poursuites avec Pac-Man et extermination de Centipede, le film s'évertue donc à passer en revue l'ensemble des clichés des grosses productions estivales pour mieux en grossir le trait. On retrouve donc le héros dont la vie est restée bloquée sur un échec passé, l’héroïne intelligente et sexy repoussant les avances de celui-ci (jusqu'à ce que...), le type badass qu'on sort de prison, sans oublier l'amiral toujours prompt à faire parler la poudre quelle que soit la situation… Un résultat divertissant dont certains passages pourront toutefois agacer par leur humour simpliste et leur côté caricatural poussé à l'extrême. Au final c'est le plus gros reproche qu'on peut faire à ce film : avoir joué la carte de la dérision totale plutôt qu'une critique plus subtile se prenant (faussement) au sérieux comme la bande-annonce pouvait laisser à le croire, à la manière d'un Tim Burton dans Mars Attack.